À Dieppe, le hareng dicte le tempo des hommes de mer

Le hareng ne se laisse jamais apprivoiser. Poisson de passage, imprévisible et résolument saisonnier, il impose son rythme à ceux qui le traquent. Sur la côte normande, à Dieppe, Zazie Tavitian est allée à la rencontre d’un pêcheur qui l’attend depuis plus de quarante ans, comme on attend une marée décisive.

Bruno Guédon connaît la mer depuis l’adolescence. À quinze ans, il embarque comme mousse sur les bateaux de son père, patron pêcheur avant lui. Puis vient le temps du matelot, des campagnes répétées, de l’apprentissage sans fard. La mer ne pardonne rien, mais elle enseigne vite. Il y a trente ans, Bruno achète son premier bateau. Il pêche alors à la coquille et au chalut, suivant le mouvement général du port. Avec les années, il choisit un autre cap.

Aujourd’hui, Bruno navigue sur un petit bateau, Le Rubis, avec un équipage réduit au strict nécessaire. À ses côtés, son matelot Jean-Luc Bunet. Un rythme plus sobre, plus précis, à l’image du hareng qu’il connaît par cœur. Il sait reconnaître les signes de son arrivée, anticiper son départ, ajuster ses sorties. Mais il sait aussi que ce poisson, bradé à la criée, ne suffit pas toujours à faire vivre un homme. Alors il diversifie ses pêches, alternant selon les saisons entre lieu, bar ou maquereau, travaillés à la ligne.

Sur le quai, la vente se fait en direct. Véronique, sa femme, tient l’étal au nom du bateau. Le circuit est court, lisible, presque familial. Fin novembre, quand le hareng est au rendez-vous, il se vend cinq euros le kilo. À ce prix, la pêche reste possible.

Bruno conduit ensuite Zazie à la rencontre de Céline, qui perpétue le fumage traditionnel du hareng. Dans son atelier, le poisson est salé puis lentement fumé, selon des gestes transmis par sa grand-mère. Ici aussi, le temps fait partie du métier.